chaque être possède dix mille mètres de ciel bleu sur sa tête. antoine de saint-exupéry

31 mars, 2009, 4:01
Classé dans : - Féminisme !

Gisèle Halimi : « Mon histoire a forgé mon féminisme »

 Gisèle Halimi et ses luttes: faire du viol un crime, légaliser l’IVG, entre autres…

Fondatrice de l’association Choisir la Cause des femmes, compagne de luttes de Simone de Beauvoir, l’avocate Gisèle Halimi nous raconte la naissance de « son » féminisme et évoque pour nous la question de la place des femmes en politique.

On a le sentiment que votre féminisme est né d’un réflexe de survie.
>> C’est tout à fait ça. Il vient de mon enfance. Une enfance asphyxiée, douloureuse. Et d’un refus sauvage de l’injustice. Quand j’étais petite fille, ma mère me disait que je ne ferais pas d’études. Je lui demandais pourquoi. Elle me répondait : « Parce que tu es une fille. » Le lycée à l’époque était très cher. Mes parents étaient prêts à faire des sacrifices pour y envoyer mes frères, qui étaient loin d’être brillants, alors que ma soeur et moi, qui étions plus douées, devions rester à la maison, puis nous marier. Pensez qu’à 16 ans, on a voulu que j’épouse un homme qui avait vingt ans de plus que moi. Alors, quand ma mère m’a expliqué que je devais servir mes frères, faire leur lit, laver et repasser leurs affaires, tout cela parce que j’étais une fille, j’ai dit non.

Et vous avez joint les actes à la parole.
>> Oui, ma révolte a été presque physique. Je préférais mourir. J’ai décidé de rester au lit, de ne plus bouger. Le premier jour, mes parents ont pensé que ça passerait. Le second idem. Le troisième, ils ont commencé à avoir peur. À la fin du troisième jour, ils ont cédé. Et j’ai posé mes conditions. Je me souviens d’avoir écrit ce soir-là que j’avais gagné mon premier morceau de liberté.

Vous évoquez, au début de votre livre, Simone de Beauvoir. Le moins que l’on puisse dire, c’est que tout ne vous rapproche pas.
>> Simone était mon amie. Nous avons eu les mêmes combats, mais des parcours inverses. C’est mon histoire qui a forgé mon féminisme, puis mon engagement politique. Alors que Simone, ses parents avaient tout fait pour qu’elle soit instruite, indépendante économiquement. Et dans son groupe d’étudiants en philosophie, elle était la mascotte. Elle est devenue féministe en écrivant.

La Simone de Beauvoir que vous décrivez est loin de celle qu’imaginait le grand public !
>> C’était une femme extrêmement complexe. Elle disait d’ailleurs d’elle-même qu’elle était peut-être un peu schizophrène. J’ai été stupéfaite en lisant ses lettres à Nelson Algren. Elle lui écrit des choses comme « Je serai votre petite babiole d’amour », qu’elle voulait être sa petite femme, qu’il soit son petit mari.
Et il ne s’agit pas d’écrits de jeunesse ! Nous sommes en 1948 et elle entreprend la rédaction du Deuxième sexe…

Auriez-vous pu être autre chose qu’avocate ?
>> Non. Dès 10 ans, j’ai su que c’était ce que je voulais être.
J’avais tellement souffert que je voulais, dans un premier temps, me défendre, puis défendre les autres, les femmes, les Arabes, ceux qui avaient été torturés. C’était vraiment une vocation et c’est une grande chance pour moi que d’avoir pu faire dans la vie quelque chose que j’avais choisi, qui correspondait à mes combats. J’ai eu une seconde chance, c’est que l’Histoire a rencontré ma petite histoire et que j’ai pu défendre des hommes et des femmes en même temps que mes idées, notamment lors du procès de Bobigny (sur l’avortement, ndlr).

Vous avez été députée sous François Mitterrand. Que pensez-vous de la place des femmes en politique aujourd’hui ?
>> Je voudrais qu’elles entrent en politique en dignité et en parité. Qu’elles ne se contentent pas de préparer ce que va dire le ténor.

La loi sur la parité n’a-t-elle pas été créée dans ce sens ?
>> Certes, mais je ne considère pas qu’elle soit totalement réussie. Elle a été neutralisée par le fait que les sanctions qu’encourent ceux qui ne la respectent pas sont financières. Les partis ont droit à une subvention. S’ils transgressent la loi sur la parité, ils reçoivent des subventions un peu moins importantes. Ce qui nous a amenés à une chose totalement immorale : vous pouvez transgresser si vous êtes riches ! C’est éminemment choquant de permettre aux partis, qui sont le pilier de la démocratie, de dire : je n’ai pas envie de présenter de femmes, je présente des hommes, combien ça coûte ?

Que proposez-vous ?
>> Je suis pour le changement des sanctions pour non-observation de la loi sur la parité. Que si une liste ne remplit pas les conditions, la candidature soit rejetée. Quant aux députés, je propose de réunir deux circonscriptions et d’élire un couple homme-femme. Au même niveau de décision.


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