chaque être possède dix mille mètres de ciel bleu sur sa tête. antoine de saint-exupéry

2 avril, 2009, 14:20
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VIRGINIA WOOLF REVIENT !

 

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On connaissait de Viviane Forrester ses écrits sur « L’Horreur économique », ses critiques farouches du système de société américain – moins violentes toutefois que le très américain Gore Vidal. On savait combien les ultra-libéraux en tous genres lui étaient tombé dessus à cause de quelques approximations chiffrées notamment dans ses thèses. Sans doute le sujet sur lequel elle vient de se pencher, après un détour plutôt heureux du côté de Van Gogh, lui sera-t-il plus paisible. Mais rien n’est certain. Son Virginia Woolf n’est pas à proprement parler une biographie, en tout cas pas une biographie à l’américaine, retraçant par le détail tous les instants successifs de l’existence de l’écrivaine moderniste qui foudroya le système du roman anglais bourgeois XIXe. Rien à voir avec le compte-rendu méticuleux et circonstancié de Quentin Bell, le neveu de la grande dame, ni avec les travaux complémentaires et fouillés d’une Hermione Lee. Viviane Forrester ne bouleverse pas notre vision de Virginia. Pourtant, son récit – car c’est le mot le plus juste que nous trouvions pour le qualifier – propose une Virginia Woolf touchante, humaine, romanesque. Chatoyante, fragile, désopilante et meurtrie. Et surtout vivante. Très vivante. Proche de nous. Et très juste. Plus juste que tous ceux qui lisent son parcours avec comme perspective nécessaire le suicide final. Car non, Virginia n’était pas destinée à se suicider. Non, elle n’était pas en permanence mélancolique et désespérée. Au contraire. Tous ses proches – que nous avons rencontrés pour les besoins de nos travaux sur cette auteure – le confirment et le répètent. Virginia était drôle, dure, cruelle avec les tendres, respectueuse avec les forts. Dans le récit de Viviane Forrester, elle nous fait trembler d’émotion. Parfois plier de rire. Et souvent elle nous agace. Rien à voir avec la légende de psychopathe imprimée par son mari Léonard comme un Pierre Bergé tentant de ses hisser à la hauteur de la statue qui lui fait de l’ombre. Virginia Woolf dessine une ronde endiablée et brillante. Viviane Forrester soulève ses masques et dévoile ses secrets avec une sensibilité qui excuse quelques légèretés biographiques. Sans doute la biographe s’est-elle reconnue dans la femme prête à étreindre le monde, à s’en emparer par le langage et par les silences assourdissants de sa solitude. Virginia est certes écorchée vive, à nu, traversée par des affres comme tout artiste à l’écoute des forces qui l’habitent et qu’il ne maîtrise pas. Elle doit subir comme une condamnation à vie son propre génie. Chaque livre lui pèse, comme un enfant qui ne veut pas naître. La maternité lui manquera, elle jalousera sa sœur Vanessa jugée plus épanouie qu’elle, et pourtant : cette dernière fera le sacrifice de sa vie de femme pour rester toute son existence auprès du charmant, léger et volage Duncan Grant qui lui restera fidèle en amitié, présent jusqu’au bout, mais absent jour après jour parce qu’il lui préfère ses jeunes modèles masculins. Lourde de l’œuvre qui jaillit d’elle, Virginia affirmera : « Je sens dans mes doigts le poids de chaque mot », avant de répondre à « l’étreinte » promise par la mort en allant se noyer, les poches pleines de pierres, dans la rivière Ouse. Nul ne connaît les véritables raisons de son suicide. Comment savoir ce qu’elle-même ignore ? On est si loin de soi. Les cendres de Virginia reposent au jardin de Monk’s House à Rodmell, et son écriture n’en finit jamais de couler comme un fleuve, ne roulant jamais les mêmes eaux. C.S.


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