chaque être possède dix mille mètres de ciel bleu sur sa tête. antoine de saint-exupéry

Impossible absence
4 mars, 2010, 0:18
Classé dans : - Idées !,- Politique !

Impossible absence

Dimanche 7 février 2010,

 L’absence actuelle de vrai débat public sur la place de l’art et de la culture dans notre société est un symptôme historique extrêmement inquiétant.

Elle annonce, pour la première fois depuis la Libération, le risque d’abandon d’une part fondamentale de l’histoire de notre pays.

Une part de notre histoire dont est issue la valeur accordée aux choses de l’esprit, à travers notre littérature, notre théâtre, les arts et leur circulation, dans la vision du monde que nous partageons et la place que nous avons su leur donner dans notre vie réelle. Cette absence fait planer la menace d’une défaite devant l’invasion délétère de l’esprit marchand imposée par ce que l’on nomme « globalisation ».

Les politiques qui refusent l’ordre néolibéral doivent le comprendre : non seulement la culture – au sens le plus large du mot -, est un enjeu fondamental de civilisation, mais c’est aussi pour eux un atout politique majeur.

Comme le dit le grand dramaturge Edward Bond, « que nous resterait-il aujourd’hui des Grecs s’ils ne nous avaient laissé une philosophie, un théâtre, une mythologie, des temples, des statues ? » Autrement dit un immense arrière-plan artistique et culturel créé à partir d’outils symboliques : une langue, des codes, des signes qui nous relient à une mémoire commune, à une volonté d’être ensemble et de rencontrer l’autre, de se frotter à l’inconnu, qui nous constituent en tant qu’êtres pensant, rêvant, imaginant, désirant, créant, construisant l’improbable avenir.

Ce sont ces outils qui nous permettent de nous penser, de nous ressentir, autrement qu’en tant que consommateurs ou marchands…

Notre histoire récente fut traversée de soubresauts où cette aspiration – ce désir collectif, parfois confus, souvent éclatant et vibrant – s’est manifestée. Des outils ont été construits avec le Conseil National de la Résistance. C’est ce que l’on appelle « le service public de la culture ». Il ne s’agit, en réalité, de rien d’autre que la manifestation concrète, politique, d’une volonté de donner à l’esprit sa vraie valeur dans la collectivité.

Ce service public, qui en France fut incarné par un ministère de la Culture, est en passe d’être démantelé.

Deux événements peu commentés, font figure de symptôme.

Au moment précis où plusieurs études alertent sur la désaffection de la lecture parmi les jeunes Français, la direction du Livre du Ministère a été supprimée l’automne dernier ; celles du théâtre, de la musique, de la danse et des arts plastiques ont depuis subi le même sort.

Dans le cadre d’une révision générale des politiques publiques qui veut tout soumettre, y compris l’inquantifiable, à la « rationalité économique », l’ensemble des directions artistiques sont réduites à une Direction générale de la création artistique, coincée entre une Direction des patrimoines et celle des médias et des industries culturelles.

On peut craindre que l’art ne soit plus la priorité de ce ministère…

La même rationalité économique a présidé aux débats du Forum d’Avignon : «  économie et culture », présenté comme un « Davos de la culture ». Le symbole est fort. Au moment où la « crise » prouve l’inanité des dogmes néolibéraux qui dominent l’Europe, la culture devient l’ultime nappe phréatique où puiser, au service d’intérêts qui lui sont totalement étrangers.

Quel crédit porter à une « économie créative » initiée par des dirigeants d’entreprises comme Nicolas Seydoux, Didier Lombard et Axel Ganz ? Que peut véhiculer une telle «  culture », réduite et instrumentalisée par les impératifs d’une «  économie de la connaissance ? »

Dans l’Europe néolibérale, un faisceau de signes innombrables converge vers la destruction de ce que nous appelons l’humain. Brutalité d’une main, propagande de l’autre, encouragement général à cesser de penser et échanger. Cet encerclement qui concerne tous les aspects de nos vies tend à faire de chacun un individu dénué de sens collectif. On peut s’inquiéter de ce qu’il adviendrait d’une civilisation déjà très altérée par un individualisme stérile, une fois amputée ce qu’il lui reste de capacité à utiliser le symbole comme moyen d’échange et de construction d’une richesse culturelle commune.

À leur échelle, de nombreuses collectivités territoriales, avec des politiques qui prennent en compte différents niveaux de l’action artistique et culturelle et pallient les désengagements de l’État, tentent de résister à ce rouleau-compresseur. Comment pourront-elles agir demain, face à un gouvernement qui risque de les priver de toute marge de manœuvre en leur déniant la compétence culturelle ?

Il est temps de l’affirmer : nous avons ici des valeurs essentielles à défendre et à promouvoir.

Ces valeurs, ne doivent pas, sous peine d’effacement, se soumettre à la tyrannie du chiffre. Voici un débat public qui mérite vraiment d’être ouvert !

Pour signer cet appel, c’est ici

L’appel est en ligne ici

www.horschamp.org

 



Allons-nous tous finir emmurés ?
9 novembre, 2009, 12:25
Classé dans : - Idées !

 

TELERAMA Débat

Allons-nous tous finir emmurés ?

Allons-nous tous finir emmurés ? dans - Idées ! 753620155_3ea4031788

LE FIL IDéES – Vingt ans après la chute du mur de Berlin, 18 000 kilomètres de nouveaux remparts vont bétonner les frontières partout sur la planète. Mesure de protection ou dangereux désir d’exclusion ? En lien ci-dessous, un entretien que nous avons publié récemment avec l’anthropologue Michel Agier, spécialiste des questions de migration.
 

Une nuit d’automne, le 9 novembre 1989, un mur est tombé dans la liesse. LE Mur. Erigé au centre de Berlin une nuit d’été, le 12 août 1961, par le gouvernement prosoviétique de la République démocratique allemande pour empêcher le passage à l’Ouest de la population, ce « mur de la honte » n’était pas seulement berlinois : il figurait aussi la division de l’Allemagne et de l’Europe décidée par les Alliés à la sortie de la guerre et, surtout, il incarnait violemment, concrètement – en béton armé, barbelés, miradors, vopos, kalachnikovs, morts et fusillés – le « rideau de fer » qui séparait le monde en deux blocs étanches.
La chute du Mur fut donc filmée, commentée, vécue comme la victoire sans partage du « monde libre » sur le communisme soviétique, bien que celui-ci ne se soit disloqué que deux ans plus tard : le 25 décembre 1991, Mikhaïl Gorbatchev démissionnait de la tête de l’URSS, qui cessait officiellement d’exister. Voici l’événement décisif qui a bouleversé l’histoire.
Il restera malgré tout par l’image de ce mur ouvert, annonçant une ère radicalement nouvelle. On croyait alors à l’avènement d’un monde pacifié et sans frontières : économie globalisée, libre circulation des biens et des personnes, extension d’une Union européenne sublimant les Etats-nations. Vingt ans plus tard, la planète n’a jamais été hérissée d’autant de barrières infranchissables. Partout, d’autres murs se sont dressés pour non seulement signifier des limites – identitaires, territoriales, sociales, politiques -, mais encore et toujours séparer le monde en deux, entre « eux » et « nous ».
Dans un livre de 2007 (éd. Perrin, 252 p., 19 €), le géographe et diplomate Michel Foucher (1) analysait déjà cette « obsession des frontières » qui est devenue l’apanage du monde post-guerre froide : « Depuis 1991, écrivait-il alors, plus de 26 000 kilomètres de nouvelles frontières internationales ont été institués, 24 000 autres ont fait l’objet d’accords de délimitation et de démarcation, et si les programmes annoncés de murs, clôtures et barrières métalliques ou électroniques étaient menés à terme ils s’étireraient sur plus de 18 000 kilomètres. Jamais il n’a été autant négocié, délimité, démarqué, caractérisé, équipé, surveillé, patrouillé. » « Je soutiens que le monde, pour être viable, a besoin de frontières », ajoute-t-il. Mais pourquoi faut-il des remparts fortifiés, destinés à « rendre l’autre invisible » ? « On ne veut pas se voir, on ne veut plus les voir chez nous. »


Entre les Etats-Unis et le Mexique, Israël et la Cisjordanie, la Chine et la Corée du Nord, le Botswana et le Zimbabwe, l’Afrique du Sud et le Zimbabwe, l’Arabie saoudite et le Yémen, l’Inde et le Pakistan, le Bangladesh et la Birmanie, englobant le Cachemire d’une solide ligne de contrôle, l’Ouzbékistan et le Kirghizistan, l’Union européenne et l’Afrique du Nord dans les enclaves espagnoles de Ceuta et de Melilla sur la côte marocaine… partout, des murs bétonnent les frontières. Le marché est d’ailleurs prodigieusement juteux pour les entreprises qui se partagent construction, électrification, équipement technologique de ces barrières (notamment Elbit, l’entreprise israélienne chargée du mur de Cisjordanie, qui a décroché avec Boeing le contrat pour celui du Mexique). A cette liste, non close, il faudrait ajouter, souligne la politologue américaine Wendy Brown, les « murs dans les murs » qui fleurissent dans les villes des Etats-Unis, d’Afrique du Sud et d’ailleurs, cloisons étanches entre quartiers riches et pauvres, nationaux et immigrés. Fait remarquable : beaucoup de ces frontières murées résultent d’une décision unilatérale et non négociée, prise avec le soutien de leurs électeurs par des Etats démocratiques et développés à l’encontre de voisins indésirables (immigrants, terroristes, réfugiés politiques, pauvres, ou seulement étrangers, à mon identité nationale, à ma religion, à ma culture). Ces remparts de protection interdisent d’entrer, alors que celui de Berlin empêchait de sortir.
 

“Les murs ne sont pas construits
pour protéger, mais pour projeter
une image de protection.”

C’est ce que Wendy Brown appelle « la démocratie emmurée » dans un ouvrage qui fera date (Murs, Les murs-frontières et le déclin de la souveraineté des Etats, éd. Les Prairies ordinaires, en librairie le 15 novembre). Interrogée pour notre hors-série Télérama horizons : Le mur de Berlin, 20 ans après (en kiosques jusqu’au 2 décembre), elle voit dans cette « vogue des murs » le signe paradoxal du déclin de la souveraineté des Etats, qui concerne tous les Etats-nations de la planète, riches ou pauvres : « [Les murs] renvoient aux qualités des remparts médiévaux [...]. Tout cela au moment où la globalisation et les menaces miniaturisées érodent la puissance souveraine. Les murs ne sont donc pas construits pour protéger, mais pour projeter une image de protection. » Ce « désir de murs » serait, en d’autres termes, la maladie de l’individu perdu dans la globalisation, à la recherche d’horizons, de limites et de sécurité. Recherche bien légitime mais qui peut être vite récupérée, comme l’est la peur, pour désigner le coupable. La montée de la xénophobie est ainsi, selon Wendy Brown, le pendant du brassage des cultures et des populations qui se développe de fait, grâce notamment à Internet, à l’échelle planétaire. De la chute du Mur au désir de murs, c’est dire si les aspirations d’il y a vingt ans sont loin…

Ne contrôlant en réalité plus grand-chose dans une économie mondialisée, les chefs d’Etat sont tentés d’afficher leur efficacité par ces murs antimigratoires. Et pourtant, ils sa­vent que jamais un mur n’a empêché les mouvements. Les armes biochimiques ou les épidémies, dangers réels qui menacent les Etats, ignorent les frontières, fussent-elles de béton armé. Quant aux flux des hommes, les barrières fermées les rendent seulement plus violents, plus dangereux, plus criminogènes. L’on sait déjà que l’existence de la palissade Mexique/Etats-Unis a intensifié le trafic des drogues et des migrants, alors que sa construction (comme en Israël) continue de coûter des sommes astronomiques.
 

“85 % des demandes d’asile
étaient acceptées en 1990,
85 % sont refusées depuis
le milieu des années 2000.”

« L’Europe de l’après-guerre froide, diagnostique l’anthropologue Michel Agier, trace ses limites en créant de la violence sur ses marges. » Depuis plusieurs années, il s’intéresse aux réfugiés (2), ce qui l’a d’abord mené loin, en Afrique, en Amérique du Sud, au Moyen-Orient… et aujour­d’hui à nos portes, à Patras en Grèce, l’un des points d’entrée dans l’espace Schengen, à Rome, à Paris, à Calais. Pour les 12 millions de personnes que la misère, la guerre, les dictatures condamnent aujour­d’hui à l’exil, les murs ont d’abord l’aspect des clôtures du camp, refuge provisoire, administré par les organisations humanitaires, qui devient permanent. Aux portes de l’Europe, ce sont encore 250 centres de rétention, d’hébergement, zones d’attente qui les maintiennent « aux bords du monde ». « En quelques années, le droit d’asile, grande et belle idée du droit international d’après guerre, est, de fait, petit à petit enterré en Europe, constate Michel Agier, 85 % des demandes d’asile étaient acceptées en 1990, 85 % sont refusées depuis le milieu des années 2000. »


Lorsque la convention de Genève, sous l’égide de l’ONU, formalise le droit d’asile en 1951, c’est en pensant aux exilés juifs persécutés par le nazisme et aux dissidents des régimes communistes d’Europe de l’Est. La fin de l’asile est le mur au­quel se heurtent maintenant ceux qui, Rwandais, Afghans, Algériens…, ayant connu des persécutions en raison de leur appartenance ethnique, religieuse, politique, sexuelle, auraient toute légitimité à l’obtenir aux termes de la convention de Genève. Partout, les politiques « antimigrants » se sont durcies, menées par des partis de droite comme de gauche au nom de la raison ou de l’impuissance – le fameux « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Face à eux, Michel Agier plaide pour un autre réalisme : « La mobilité des hommes est un mouvement irrépressible et mieux vaudrait l’accompagner que chercher à le réprimer. Tout humain veut rendre son séjour sur la terre vivable. En maintenant des millions de migrants hors de notre monde commun, on crée le désordre en voulant la mise en ordre. Il est réaliste d’affirmer que l’obstination à s’enfermer dans ses frontières, à cultiver l’entre-soi, ne tiendra pas. »
Et Wendy Brown conclut : « Un jour, les murs qu’on érige aujourd’hui pour nous protéger d’éléments dangereux ou étrangers deviendront inévitablement, eux aussi, des prisons. »

.Catherine Portevin

Télérama n° 3120

(1) Michel Foucher est le directeur scientifique de « Des frontières et des hommes », un nouveau festival interdisciplinaire. Du 2 au 26 novembre, à Thionville (57). Rens. : www.desfrontieresetdeshommes.eu
(2) Lire notamment Gérer les indésirables, Des camps de réfugiés au gouvernement humanitaire (éd. Flammarion, 352 p., 23 €). Michel Agier est l’un des auteurs de l’Atlas des migrants en Europe, dir. Olivier Clochard, réseau Migreurop (éd. Armand Colin, 144 p., 19,50 €).
A voir
Berlin est la ville invitée de CitéPhilo, du 12 au 29 novembre, à Lille et dans sa région. Rens. : www.citephilo.org
A lire
Retrouvez Michel Agier et Wendy Brown dans Télérama horizons : Le mur de Berlin, 20 ans après (en kiosques ou à commander sur telerama.fr, 7,50 €).



éducation nationale, Grand corps malade
21 mai, 2009, 8:49
Classé dans : - Idées !

éducation nationale, Grand corps malade dans - Idées ! 284414

http://www.dailymotion.com/video/x991iq_grand-corps-malade-education-nation_music



Tous les artistes sont… des « sales putes »…
14 mai, 2009, 18:39
Classé dans : - Féminisme !,- Idées !

Tous les artistes sont... des

Sale pute : 

http://www.youtube.com/watch?v=BLC24EqcNTM

Les chiennes de garde :

 http://www.chiennesdegarde.com/ActionFev2009-RapObject.html

 Anaïs prend la défense d’Orelsan

http://www.lesinrocks.com/actualite/actu-article/article/anais-prend-la-defense-dorelsan/

Orelsan s’explique :

http://www.youtube.com/watch?v=NE8xwG9TNJI&hl=fr

Changement, autre texte, autre chanson :

http://www.youtube.com/watch?v=OxBGYYYZ3Eo&hl=fr



31 mars, 2009, 14:44
Classé dans : - Idées !

Ne me préjugez pas!

  dans - Idées ! stereotypes

 

D’où nous viennent les stéréotypes et les préjugés?

lundi 30 mars 2009

Charlotte Duperray est journaliste à Slate.fr

Une jeune femme été attaquée dans le RER A par un homme d’origine maghrébine.

Une information que l’on entend sans surprise dans les médias. Deux acteurs; la jeune femme et l’homme maghrébin. Un lieu; le RER A. Que véhicule une telle information dans notre tête? Notre société est construite autour de stéréotypes et de préjugés. Le RER A est stéréotypé dangereux, les hommes d’origine maghrébine agressifs et les jeunes femmes comme des cibles sans défense.

Jugements de valeurs, lieux communs, banalités, opinions, stéréotypes, clichés, préjugés, idées reçues, stigmatisations, phrases cousues en fonction des espaces dans lesquels elles sont employées. Nous avons tous en tête des stéréotypes et des préjugés qui façonnent nos pensées. Nous avons beau nous en défendre, argumenter ou prendre le contrepied des idées reçues, difficile de s’en détacher; pour la simple et bonne raison que nous sommes constitués de ces préjugés.

Du stéréotype au préjugé cela donne; «les corses sont paresseux» (groupe stigmatisé) = «je n’aime pas les corses parce qu’ils travaillent trop lentement» (jugement). De la stigmatisation sociale, nous passons au jugement personnel. Pourquoi nous stéréotypons, pourquoi nous préjugeons ?

Origine socioculturelle

Les stéréotypes et les préjugés ont une origine socioculturelle. Ils se construisent autour de trois influences majeures; l’éducation qui façonne nos attitudes et nos comportements, les médias qui sont saturés de stéréotypes et l’influence de groupes de référence. Nous évoluons dans un environnement  composé de différents états; la maison, l’école, le travail… Chacun de ces microcosmes se construit autour de valeurs et d’habitudes.

L’environnement véhicule des normes et des manières de faire qui constituent l’héritage culturel des personnes qui le compose. Chaque individu se caractérise par rapport à une appartenance à un groupe. Ainsi, je suis moi, en miroir d’une famille dans laquelle j’ai grandi, d’une école dans laquelle j’ai appris et d’un travail dans lequel j’évolue. Et ce moi, construit autour de normes, est porteur d’une identité, elle-même façonnée, par les membres d’un même environnement et par le regard des autres. La construction des stéréotypes diffère en fonction de la perception des groupes. Ces croyances sont des généralisations excessives face à des comportements, des caractéristiques physiques ou des traits de personnalité.

Origine cognitive

Les stéréotypes ne sont pas uniquement des phénomènes socioculturels, ils ont aussi une origine cognitive précise le site Préjugés et Stéréotypes réalisé avec le concours du ministère de la recherche. Michaël Danbrun a publié une synthèse de travaux sur la manière de mesurer les préjugés, intitulée «les différentes mesures implicites cognitives de préjugés et de stéréotypes». D’un point de vue cognitif, l’origine des stéréotypes vient de l’impossibilité pour notre cerveau de traiter consciemment la totalité des informations qu’il reçoit. De ce fait, il s’adapte en simplifiant l’information qui lui arrive; un de ces moyens est de catégoriser et de classer les informations. Un processus adaptatif très automatisé; en quelques millisecondes, à partir de caractéristiques physiques par exemple, nous sommes capables d’attribuer une catégorie à une personne. Notre cerveau classe généralement à deux niveaux, soit en différence, soit en similarité; l’information est triée par contraste ou par assimilation.

Organisation sociétale

Les individus ont besoin de développer un sentiment d’appartenance à un ou plusieurs groupes. Le phénomène est à double sens; d’une part, nous avons tendance à accentuer notre identification à un groupe de référence, par souci de repères, de structures et d’identité. D’autre part, le regard que nous portons sur les autres groupes est marqué par les différences qui nous éloignent. Exagérer les similitudes à l’intérieur d’un groupe accentue les différences entre les groupes.

Préjugés et discrimination

En fonction des rapports entres ces groupes, les comportements des individus peuvent engendrer des discriminations. Sidanius et Pratto ont développé la théorie de la dominance sociale. Ils partent du postulat que les sociétés son composées de groupes dominants et dominés. Or, cette relation entre dominants et dominés, est étroitement liée au phénomène de discrimination. Les uns étant porteurs de valeurs sociales positives et les autres de valeurs sociales négatives. Le simple fait d’occuper une position sociale dominante est suffisant pour générer des préjugés envers les minorités. Inversement, les préjugés peuvent naître de facteurs, comme la frustration personnelle, la privation économique, l’échec ou le manque d’estime de soi.

Pour aller plus loin

«Les arabes sont agressifs, les noirs sont joyeux, les asiatiques sont travailleurs, les femmes sont douces et sensibles. Je suis seule dans le métro, une bande de jeunes garçons rentrent dans le wagon, je prends peur. Je n’ai pas fait de classe préparatoire donc je ne me sens pas à la hauteur. Je suis africaine donc je danse bien.» (…)

Les clichés costument les genres et les gens. Ils façonnent et nourissent l’imaginaire populaire. Nous avons tous (testez vous !) des préjugés et tous, nous en suscitons. Ils font partie de nous, de notre environnement social et en cela, ils sont structurants. Lutter contre les préjugés ? Compliqué. Néanmoins, lutter contre la négation qu’ils engendrent est une bataille fondamentale. Les Nations Unies ont écrit pour cela une déclaration sur la race et les préjugés raciaux. Et des personnes luttent quotidiennement au sein des associations. Rokhaya Diallo, membre des Indivisibles, confie à quel point les préjugés réduisent les identités. Selon elle, reconnaître et être conscient de ses propres préjugés est une manière de gagner en estime de soi. Or, l’estime de soi permet de réduire ses préjugés à l’égard des autres.

Actuellement, les médias s’interrogent sur l’efficacité des statistiques en terme de lutte contre les préjugés. Si ce n’est par les chiffres, le simple fait d’assumer ces petites bètes qui nous collent à la peau, peut être une manière de positiver.

Charlotte Duperray

Un grand merci à Jean-Baptiste Légal et Rokhaya Diallo pour leurs éclairages sur le sujet.


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