chaque être possède dix mille mètres de ciel bleu sur sa tête. antoine de saint-exupéry

10 mai, 2010, 20:47
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TELERAMAUn écrivain témoigne
Marée noire aux Etats-Unis

James Lee Burke : “Les marais de Louisiane vont absorber le pétrole comme une éponge”

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LE FIL LIVRES – Après l’explosion, le 20 avril, d’une plate-forme pétrolière au large de la Louisiane, les Etats-Unis sont confrontés à l’une des pires marées noires de leur histoire. Nous avons demandé à l’auteur de polars James Lee Burke, 73 ans, de nous parler de ce bout d’Amérique sur lequel il a si souvent écrit.

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A 73 ans, James Lee Burke est souvent considéré comme le Faulkner ou le Steinbeck du roman policier. Ses histoires se déroulent en Louisiane, le pays où il vit depuis toujours, même s’il passe désormais une partie de son temps dans le Montana. Son détective, le mythique Dave Robicheaux, a été incarné l’an dernier par Tommy Lee Jones dans le film que Bertrand Tavernier a tiré de l’un de ses livres, Dans la brume électrique.

Début mai, les éditions Rivages publient un recueil de nouvelles, Jésus prend la mer, dont plusieurs ont été écrites après le passage de l’ouragan Katrina, en 2005, et relatent ces heures d’angoisse, de mort et de chaos dans un Etat où l’aide fédérale a considérablement tardé à arriver. L’une des enquêtes de Dave Robicheaux, La Descente de Pégase, est également traduite et publiée ces jours-ci.

Joint par téléphone après la marée noire provoquée par l’explosion de la plate-forme BP dans le Golfe du Mexique, le 20 avril dernier, James Lee Burke nous a confié sa tristesse, son amour pour la Louisiane et sa colère devant les catastrophes dont elle est régulièrement victime (1).

Télérama : Comment avez-vous vu la Louisiane se transformer au cours de votre vie ?
James Lee Burke : Ma famille s’est installée dans la petite ville de New Iberia en 1836. J’ai toujours vécu sur cette terre, j’y ai été reporter, garde forestier et même prospecteur sur une barge pétrolière dans les années 50. La main de dieu a créé cet endroit merveilleux, et celle de l’homme n’a cessé de l’abîmer, par cupidité. C’est une terre de sacrifices, un pays magnifique au cœur d’un environnement terrible, dont la destruction est en cours depuis des dizaines d’années. L’industrialisation a érodé la côte, les compagnies pétrolières ont creusé des dizaines de milliers de kilomètres de canaux pour leurs installations, tuant nombre de végétaux en introduisant de l’eau salée dans l’eau douce des marais. Les arbres sont coupés, les eaux polluées, le pire urbanisme est à l’œuvre. Lorsque la marée noire va atteindre la côte, les marais vont absorber le pétrole comme une éponge. C’est comme injecter de l’acide directement dans des veines.

On a parfois le sentiment d’un Etat abandonné par les autorités fédérales…
La Louisiane est un Etat très pauvre, qui détient des records en illettrisme, mortalité infantile, taux de pollution et de corruption. Dans les années 80, Ronald Reagan a réduit drastiquement les aides fédérales, fermé des hôpitaux publics et des institutions psychiatriques, limité les crédits de la police et de la lutte contre la drogue, notamment le crack, dont l’invasion a fait exploser la criminalité au début des années 90. Ici, on peut acheter de l’alcool en voiture à un guichet, des piétons sont tués le long des autoroutes tous les jours, les soins médicaux ressemblent à ceux du tiers-monde. Nous sommes dans une société totalement dysfonctionnelle. Je suis allé pêcher récemment, dans un lieu magnifique, des eaux sombres bordées d’arbres. Au milieu, quelqu’un avait balancé des tonnes de déchets industriels, qui flottaient partout. J’ai passé une demi-douzaine de coups de téléphone à toutes sortes d’autorités, personne ne voulait rien faire à part me suggérer de porter plainte. Comme si en constatant que quelqu’un allume un incendie dans un parc national, les autorités chargées de la protection de ce parc envisageaient de porter plainte plutôt que d’agir !

La réaction de l’administration Obama à la marée noire vous semble-t-elle plus appropriée que celle de George Bush après le passage de Katrina, en 2005 ?
Je me souviens qu’en 1965, après le passage de l’ouragan Betsy, le président Johnson était venu sur place, rendre visite en pleine nuit à des réfugiés terrifiés, dans un abri sans électricité. Il avait une lampe torche, qu’il a braqué sur son propre visage, et il leur a dit : « Je m’appelle Lyndon Baines Johnson, et je suis votre foutu président ["I'm your goddam president"]. Je suis venu vous dire que toute l’Amérique est derrière vous. » Les gens d’ici ne l’ont jamais oublié !
En 2005, Bush se fichait complètement de la situation, c’était une indifférence absolument scandaleuse. Il est venu, très tardivement, survoler la région et n’a même pas daigné descendre sur la terre ferme ! Aujourd’hui, c’est tout à fait autre chose : Barack Obama, que je crois être un homme bon, a probablement été mal informé et a mis du temps à prendre conscience de l’ampleur de la catastrophe. Tous ceux qui connaissent un peu l’industrie pétrolière savent ce que signifie l’explosion d’une plate-forme… Il a tardé, mais je le crois bien intentionné.

Y a-t-il encore en Louisiane un héritage français ?
Lorsque j’étais étudiant, dans les campagnes, on n’entendait presque jamais parler anglais. Et dans les villes, les gens parlaient autant l’anglais que le français. Dans les années 50, pour forcer l’alphabétisation anglophone, les autorités ont interdit la pratique du français à l’école, même dans les cours de récréation ! Alors ce langage s’est perdu, et la culture de la région s’est appauvrie.

Vous évoquez souvent dans vos livres le passé esclavagiste de la Louisiane. Quelles traces a-t-il laissé ?
L’histoire du Sud est faite de gens qui ont gagné de l’argent sur le dos des autres : les colons, les planteurs, aujourd’hui les compagnies pétrolières. Le racisme a été inculqué aux gens d’ici, on leur a appris à avoir peur les uns des autres, c’est ainsi que les démagogues du monde entier s’assurent le pouvoir. En 1988, Bush père a mené la campagne présidentielle la plus raciste que j’aie jamais vue – moi qui ai 73 ans, et vis dans le Sud des Etats-Unis ! Il a scandaleusement exploité un sinistre fait divers, le viol d’une femme blanche par un Noir, libéré de prison, Willlie Horton. C’était honteux. Bush junior a reproduit ce même modèle, en jouant sur la peur du terrorisme pour légitimer les guerres d’Irak et d’Afghanistan, qui sont de purs conflits néo-coloniaux pour protéger un empire pétro-chimique. Nous marchons dans les traces des Français et des Anglais lorsqu’ils étaient des puissances coloniales, et le fait de savoir aujourd’hui combien ces politiques ont été dramatiques n’arrêtent pas les Etats-Unis.

Le pétrole, pourtant, a bénéficié à l’économie de la Louisiane…
Oui, dans la mesure où cette industrie a fourni des emplois, même s’ils ont toujours été mal payés et si, de mon temps, dans les années 50, le syndicalisme était très fortement découragé. Mais le pétrole qui est extrait ici est en partie envoyé en Floride ou en Californie, qui ne veulent pas de forages offshore au large de leurs belles côtes ! La Louisiane est la poubelle de l’Amérique, son histoire est une tragédie. Pour moi, c’est comme être témoin chaque jour d’un crime dont je sais que, moi vivant, il ne sera pas puni.



ma mome, jean ferrat
17 mars, 2010, 1:47
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On dirait vraiment le paradis
29 juin, 2009, 17:43
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 On dirait vraiment le paradis

John Cheveer

Du polar, de l’aventure, de la bande dessinée… et le doux-amer John Cheever. De quoi rester éveillé à la plage.

Au commencement, il est écrit : « Cette histoire est destinée à être lue au lit dans une vieille maison par une soirée pluvieuse. » On se croit au chaud dans un des volumes surannés de la Bibliothèque rose. On va vite être emporté au-delà des apparences du quotidien par la phrase sinueuse – élégance et humour doux-amer – de l’Américain John Cheever (1912-1982). Cheever, nouvelliste sensible et imaginatif, éminente signature du magazine The New Yorker, compagnon de la « plume chic et style » des John Updike, Raymond Carver, William Saroyan…

Nouvelles et romans de Cheever racontent en douce l’envers du décor, les coulisses de vies anonymes ou tenues secrètes. On dirait vraiment le paradis, publié aux Etats-Unis deux mois avant sa mort et aujourd’hui traduit en français, porte en lui tous les tourments de Cheever : l’usure des jours ordinaires, les incertitudes existentielles, les désenchantements amoureux, la forfaiture du temps qui passe, la petitesse des gens de bien – ses voisins, un peu de lui-même.

Ecrit en 1977, ce roman semble avoir été pensé pour le XXIe siècle tant y résonnent nos amertumes et nos déconvenues : paysages massacrés par la pollution, politiciens véreux, solitudes effrayantes, amours avortées. Sears, personnage taciturne mais de bonne compagnie, est un homme vieillissant qui ne peut l’admettre. Il veut s’offrir une ultime passion et s’entiche d’une femme insaisissable, succombe aux désirs d’un garçon d’ascenseur, écarquille les yeux, découvre ce que fut sa vie, ce qu’est l’existence : rien qu’une eau trouble. Tout comme Cheever, qui, à la fin de sa vie, osa dire au grand jour son homosexualité, Sears balance de désillusions en mélancolies, d’espoirs en révoltes.

Martine Laval

Telerama n° 3102 – 27 juin 2009



je l’aimais, anna gavalda
30 mai, 2009, 12:41
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je l'aimais, anna gavalda dans - Littérature ! Je+l+aimais

Résumé

Parce que sa belle-fille est malheureuse, Pierre Dippel, soixante-cinq ans, décide de l’emmener à la campagne. Parce qu’elle ne se nourrit plus, il décide de faire la cuisine. Parce qu’elle n’arrête pas de pleurer, il va chercher du bon vin à la cave. Et malgré tout ça, malgré le bordeaux et le bœuf carottes, elle continue de gémir, il décide d’aller se coucher. Et puis finalement, non. Il revient. Il s’asseoit à côté d’elle et se met à parler. Pour la première fois, il parle. De lui. De sa vie. Ou plutôt de ce qu’il n’a pas vécu. Cette histoire est donc la confession d’un homme dans une cuisine. ça n’a l’air de rien et pourtant, comme toujours avec Gavalda, tout est dit. Tout est là. Nos doutes, notre ironie et notre tendresse, le tapage de nos souvenirs et « la vie comme elle va »…

RENCONTRE AVEC ANNA GAVALDA

A l’occasion de la sortie de son troisième roman, ‘Ensemble, c’est tout’, l’équipe d’Evene a rencontré pour vous Anna Gavalda qui met autant de sourires dans la vie qu’elle en met dans ses écrits…

La peinture, est-ce une vocation manquée ?

Non puisque je suis heureuse « en écriture » mais c’est un pan important de ma vie. Je vais dans les musées, je guette les expositions, je suis curieuse et toujours disposée à tomber à la renverse. Je préfère la compagnie des peintres et des dessinateurs à celle des écrivains. Ils sont souvent plus discrets, plus simples… Ils me fascinent et me coupent la chique. J’aime beaucoup les autoportraits. Je ne me gâte pas beaucoup mais si je le fais, je m’offre un dessin. Jamais une paire de chaussures en croco ou une semaine aux Maldives, non, mais un bout de papier. Une simple esquisse m’emmène beaucoup plus loin que tous les avions du monde…

Pouvez-vous nous en dire plus sur « Mamadou » ?

J’ai connu une femme de ménage énormissime que tout le monde appelait Mamadou alors qu’elle se prénommait Evelyne en vrai. Elle était si grosse qu’elle passait le plus clair de son temps accrochée à son manche à balai en gémissant entre deux fous rires.

Quelle passion nourrissez-vous pour Vivaldi et Marvin Gaye ?

La même que celle que leur voue Camille, mon héroïne, je peux les écouter encore et encore et encore et encore et encore et encore et… Ah ? Le disque est rayé, on dirait…

Passez-vous beaucoup de temps devant la cheminée ?

Hélas, non, je n’en ai pas… Il faudrait refaire le conduit qui s’est écroulé et je n’ai pas le courage de me lancer dans ce trou… Mais j’en aurai une un jour… C’est prévu. Avec des ânes – j’aime les ânes autant que Marvin Gaye et Vivaldi -, des canards, des poules et tout le bazar. J’ai été élevée à la campagne et j’y retournerai, c’est fatal, c’est une certitude.

Quel est votre lecteur idéal ?

Vous. Ce ou cette inconnu(e) en train de me lire juste là, maintenant sur ce site et de ricaner en lisant mes fantasmes à la Marie-Antoinette (un âne ! mais quelle idée…) Oui… Vous, là… Allez… Venez… Petits, petits… Approchez, approchez…

Trouvez-vous qu’il existe un trait commun à tous vos personnages ?

Oui. Ce sont tous des tendres, des cabossés, des coeurs purs. J’adore cette citation d’Audiard : « Bienheureux les fêlés, ils laissent passer la lumière. » Ce pourrait être leur carte de visite, cette petite phrase…

Craignez-vous l’accueil réservé à « Ensemble, c’est tout » ?

Je suis affreusement angoissée. Pour de vrai. Plus d’appétit, mal au ventre, mauvaises nuits et tout le toutim… C’est pire à chaque livre… D’ailleurs, je crois que je vais arrêter d’écrire sinon je vais avoir un ulcère à l’estomac avant le prix Nobel de littérature, ce qui serait bien dommage… Je vais élever des ânes à la place !

Travaillez-vous déjà à un nouveau livre ?

Oui. J’ai déjà une histoire qui me trotte dans la tête et puis j’ai promis un roman jeunesse à la jeunesse et il faut toujours tenir ses promesses avec les enfants…

Y a-t-il un sujet sur lequel vous aimeriez écrire ?

Les femmes, les hommes et les enfants. Tout m’intéresse. Sauf moi.

N’avez-vous plus envie d’écrire des nouvelles ?

Mon prochain livre sera un recueil de nouvelles. Moins nombreuses mais beaucoup plus longues… Comme « Légendes d’automne » de Jim Harrison – toutes proportions gardées bien sûr ! J’adore ce livre. je ferai mes petites légendes d’automne à moi… Plus franchouilles… Les espaces seront moins grands, moins sauvages… Pas d’Indiens, pas de grandes batailles, pas d’ours, pas de chevaux… Mais bon… je ferai ce que je pourrai… On va déjà voir comment celui-ci est accueilli… J’y ai mis tellement de choses que j’aimais… Je croise les doigts…

Propos recueillis par Christelle Heurtault et Anne-Claire Jucobin pour Evene.fr – Mars 2004

 



2 avril, 2009, 14:20
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VIRGINIA WOOLF REVIENT !

 

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On connaissait de Viviane Forrester ses écrits sur « L’Horreur économique », ses critiques farouches du système de société américain – moins violentes toutefois que le très américain Gore Vidal. On savait combien les ultra-libéraux en tous genres lui étaient tombé dessus à cause de quelques approximations chiffrées notamment dans ses thèses. Sans doute le sujet sur lequel elle vient de se pencher, après un détour plutôt heureux du côté de Van Gogh, lui sera-t-il plus paisible. Mais rien n’est certain. Son Virginia Woolf n’est pas à proprement parler une biographie, en tout cas pas une biographie à l’américaine, retraçant par le détail tous les instants successifs de l’existence de l’écrivaine moderniste qui foudroya le système du roman anglais bourgeois XIXe. Rien à voir avec le compte-rendu méticuleux et circonstancié de Quentin Bell, le neveu de la grande dame, ni avec les travaux complémentaires et fouillés d’une Hermione Lee. Viviane Forrester ne bouleverse pas notre vision de Virginia. Pourtant, son récit – car c’est le mot le plus juste que nous trouvions pour le qualifier – propose une Virginia Woolf touchante, humaine, romanesque. Chatoyante, fragile, désopilante et meurtrie. Et surtout vivante. Très vivante. Proche de nous. Et très juste. Plus juste que tous ceux qui lisent son parcours avec comme perspective nécessaire le suicide final. Car non, Virginia n’était pas destinée à se suicider. Non, elle n’était pas en permanence mélancolique et désespérée. Au contraire. Tous ses proches – que nous avons rencontrés pour les besoins de nos travaux sur cette auteure – le confirment et le répètent. Virginia était drôle, dure, cruelle avec les tendres, respectueuse avec les forts. Dans le récit de Viviane Forrester, elle nous fait trembler d’émotion. Parfois plier de rire. Et souvent elle nous agace. Rien à voir avec la légende de psychopathe imprimée par son mari Léonard comme un Pierre Bergé tentant de ses hisser à la hauteur de la statue qui lui fait de l’ombre. Virginia Woolf dessine une ronde endiablée et brillante. Viviane Forrester soulève ses masques et dévoile ses secrets avec une sensibilité qui excuse quelques légèretés biographiques. Sans doute la biographe s’est-elle reconnue dans la femme prête à étreindre le monde, à s’en emparer par le langage et par les silences assourdissants de sa solitude. Virginia est certes écorchée vive, à nu, traversée par des affres comme tout artiste à l’écoute des forces qui l’habitent et qu’il ne maîtrise pas. Elle doit subir comme une condamnation à vie son propre génie. Chaque livre lui pèse, comme un enfant qui ne veut pas naître. La maternité lui manquera, elle jalousera sa sœur Vanessa jugée plus épanouie qu’elle, et pourtant : cette dernière fera le sacrifice de sa vie de femme pour rester toute son existence auprès du charmant, léger et volage Duncan Grant qui lui restera fidèle en amitié, présent jusqu’au bout, mais absent jour après jour parce qu’il lui préfère ses jeunes modèles masculins. Lourde de l’œuvre qui jaillit d’elle, Virginia affirmera : « Je sens dans mes doigts le poids de chaque mot », avant de répondre à « l’étreinte » promise par la mort en allant se noyer, les poches pleines de pierres, dans la rivière Ouse. Nul ne connaît les véritables raisons de son suicide. Comment savoir ce qu’elle-même ignore ? On est si loin de soi. Les cendres de Virginia reposent au jardin de Monk’s House à Rodmell, et son écriture n’en finit jamais de couler comme un fleuve, ne roulant jamais les mêmes eaux. C.S.



30 mars, 2009, 18:35
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 dans - Littérature ! 200809262112_w350Littérature. Benoîte Groult : une “Evasion” réussie

 

Il est des livres qui donnent du courage .” Mon évasion” de Benoîte Groult est de ceux-là. A bientôt 89 ans, l’écrivaine , elle tient à cette appellation,” On dit châtelaine et souveraine. Ecrivaine, c’est grammmaticalement correct alors je tiens bon”, publie une autobiographie vigoureuse et pleine d’humour dans laquelle elle livre tout du couple qu’elle forma pendant cinquante-quatre ans avec le romancier et essayiste Paul Guimard, père de sa troisième fille, mort en 2004, la même année que le toulousain Georges de Caunes, son macho de deuxième mari et père de ses deux premières filles. Tout y est d’une vie bien remplie: une enfance privilégiée mais sage et bien encadrée entre une mère dessinatrice de mode, sœur de Paul Poiret, et un père décorateur, des études classiques dans une institution catholique, sa jeunesse sous l’Occupation l’entrée tardive mais définitive en féminisme, le succès spectaculaire de “Ainsi soit-elle” en 1975, puis des “Vaisseaux du cœur”, la création de F Magazine avec Claude Servan-Schreiber.

Benoîte Groult raconte sa “longue marche vers l’autonomie. Sans complaisance, avec la distance que donne l’âge et une bonne humeur comminicative. Positiver est un art que cette femme, toujours élégante, manie à merveille. Le récit, émaillé d’anecdotes prises sur le vif est mené d’une écriture simple, déliée. Pas de lourdeur, pas de complaisance chez Benoîte Groult mais l »essentiel qui passe et donne à penser. Une partie importante de cette auto-biographie est consacrée à Paul, son “mari féministe”, son amour, son ami, son frère, son amant. Ensemble, ils écrivaient, naviguaient, pêchaient et, surtout, vivaient un couple à la Sartre et Beauvoir. «Nous avions conclu un pacte. A nous le mariage, mais pas la prison.». Paul apparaît dans sa vie, alors qu’elle est mariée avec Georges de Caunes. Elle n’est pas séduite. Paul est «trop maigre, trop pâle, trop séducteur».

Deux ans plus tard, la romancière est divorcée et, pour elle, leur première nuit est une révélation sensuelle. Guimard quitte sa première femme et l’ épouse. Ils ont en commun la Bretagne, où ils ont passé les vacances de leur enfance, les bateaux et la pêche, les discussions sans fin. A leurs deux ans de mariage, Paul déclare: «Je tiens à fêter mes deux ans de fidélité conjugale. Je ne m’en serais jamais cru capable.» A leurs trois ans de mariage, il ne dit plus rien et elle ne demande rien. Le pacte de Sartre et Beauvoir leur semble la manière la moins meurtrière d’aliéner sa liberté à un autre. «Il y avait l’amour essentiel. Mais nous ne nous voyions pas vivre soixante ans ensemble sans regarder une autre femme, un autre homme. Ce n’est pas facile. Mais la vie n’est pas facile, et la vie amoureuse encore moins. » Et un peu plus loin., «On est devenu vieux ensemble. C’était bon. Tous nos amis avaient divorcé, et les hommes pour épouser des femmes de quinze ans de moins.»

Une occasion pour cette femme devenue arrière-grand-mère de rappeler que beaucoup reste à faire pour la cause des femmes, pour que le “langage cesse d’êtrecolonisé par les hommes…. les droits des femmes rencontrent d es obstacles, ne font toujours pas partie des Droits de l’Homme, et ont été remis en question dans tous les pays, à tout propos et pour les raisons les plus diverses”.Cela ne l’empêche pas de considére le chemin parcouru, “dont les jeunes-femmes d »aujourd’hui n’ont aucune idée” . Aujourd’hui, elle vit entre la Bretagne, Paris et Hyères. Elle a deux filles à Paris et une troisième qui s’est «rebretonnisée» et va exposer sa peinture, trois petites-filles, une arrière-petite-fille. Portant un regard lucide sur son parcours, elle conclut,«je ne suis pas devenue une grande prêtresse du féminisme: je n’ai jamais eu envie d’entrer dans une chapelle. Je voulais me garder libre; alors, je me suis battue dans mes livres». Avec son sourire lumineux, elle ajoute, “la mort est tapie non loin désormais” ce qui ne l’empêche pas des’être engagée dans un nouveau combat, celui du droit de mourir dans la dignité. Mais elle

n’a pas encore trouvé l’ami médecin qui s’occupera d’elle, le moment venu.

“Mon évasion” de Benoîte Groult, (Grasset), 19,50€


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